Karl Raimund Popper, philosophe des sciences


Karl Raimund Popper (né le 28 juillet 1902 à Vienne, en Autriche et mort le 17 septembre 1994 à Londres (Croydon), Royaume-Uni) est un philosophe des sciences du XXe siècle. Il critique la théorie vérificationniste de la signification et met l’accent sur l’idée de réfutabilité par l’expérimentation ou l’échange critique comme critère de démarcation entre science et pseudo-science. Il définit les théories métaphysiques comme des systèmes irréfutables par l’expérimentation. Il souligne cependant la nécessité de fonder les recherches scientifiques sur des « programmes de recherche métaphysique » et inscrit son travail dans le cadre de l’épistémologie évolutionniste.
Extrait de "Karl Popper" sur Wikipédia.

 

L’Univers irrésolu : plaidoyer pour l’indéterminisme

J’ai découvert Karl Popper en 1995 à la lecture de L’Univers irrésolu : plaidoyer pour l’indéterminisme. À cette époque (années 80/90) divers médias dissertaient sur l’œuvre de ce philosophe des sciences aussi bien avec de prestigieux invités qu’avec des gens apparemment plus ou moins ordinaires. Faisant partie de cette dernière catégorie " je suis un homme très ordinaire " je me suis dit qu’il ne me coûterait pas grand chose, si ce n’est le prix d’un livre, que de m’initier à la lecture d’œuvres un peu plus « sophistiquées ».
J’ai donc, depuis 1995, lu et relu L’Univers irrésolu avant de trouver, après de nombreuses et vaines recherches, d’autres ouvrages traduits en français.
L’Univers irrésolu : plaidoyer pour l’indéterminisme est, à mon avis, une œuvre magistrale. Dans ce livre Popper aborde et développe, entre autres sujets, la réfutation.

La réfutation
Avec ce livre Karl Popper croise un des problèmes les plus anciens de la philosophie : celui du déterminisme.
Le titre de gloire de Popper est d’avoir défini de façon singulière et pertinente la démarcation entre ce qui est scientifique et ce qui ne l’est pas. Partant de la constatation qu’une affirmation telle que « Tous les cygnes sont blancs » pourra éventuellement être réfutée par les faits (il suffirait d’observer un cygne noir) mais jamais prouvée par l’observation (l’observation d’un million de cygnes blancs ne prouve pas, à l’évidence, que tous les cygnes sont blancs), Popper a montré que nos certitudes portent sur ce qui est faux plutôt que sur ce qui est vrai. Il en conclut que ce qui distingue une théorie scientifique d’une théorie non scientifique tient à la possibilité d’imaginer une expérience susceptible de la réfuter. Autrement dit, une théorie qui ne fait pas de prédiction et qui explique tout n’explique rien. C’est le fameux critère de réfutabilité, qui permet à Popper de récuser le caractère scientifique du marxisme ou de la psychanalyse. Ces théories en effet ne prêtent pas le flanc à la réfutabilité : la psychanalyse prévoit l’apparition du complexe d’Œdipe comme son absence. A posteriori, elle apporte une explication à toutes les réactions mais ne subit pas l’épreuve d’une prédiction a priori. De même, qu’une révolution se produise quelque part, on lui trouvera toujours une explication marxiste, même si elle ne survient pas dans les conditions prévues par Marx, ce qui est généralement le cas. A contrario, Einstein risque toute la théorie de la relativité sur une seule mesure que permettra l’éclipse de Soleil du 29 mai 1919. Il admet avant la mesure que si le résultat n’est pas conforme à la prédiction déduite de la théorie de la relativité, c’est que la théorie est fausse.
Le critère de réfutabilité opère un retournement dans la conception de la science, un sorte de révolution copernicienne. La réfutabilité complète l’épreuve des faits comme critère de scientificité. Ce n’est pas parce que rien ne peut la mettre en doute qu’une théorie est scientifique mais parce qu’elle s’engage sur des prédictions que vérifie l’expérience, en un mot parce qu’elle est réfutable.
Extrait de « Pour en finir avec le déterminisme : l’approche de Karl Popper »
Voir aussi Réfutabilité sur Wikipédia.

 

La Quête inachevée

Je me suis ensuite procuré « La Quête inachevée ». C’est un peu reprendre une lecture en commençant par la fin puisque cet ouvrage est une autobiographie et, si je ne me trompe, le dernier livre écrit par Popper. Si j’avais quinze ou vingt ans je dirais « Je suis fan », mais comme il ne s’agit pas d’un individu fabriqué et glorifié par le star-système, je me contenterais de dire que dans cette synthèse nous découvrons les différentes facettes de la personnalité de Karl Popper. Il y relate quelques étapes de son adolescence, sa relation avec ses parents, ses études, ses rencontres. Il développe et synthétise certaine de ses recherches, il y aborde la politique, l’extrémisme et raconte ses pérégrinations pour fuir le nazisme. Il se livre, s’abandonne, se confie…

Mémoire du XXe – La quête inachevée sur I-Revues
L’autobiographie d’un penseur qui a bouleversé la réflexion sur la science et la philosophie politique. De la Vienne impériale à l’Angleterre de l’après-guerre, en passant par la Nouvelle-Zélande, son parcours original, son évolution intellectuelle le conduisent rapidement hors des sentiers battus. Il raconte sa formation universitaire, ses premiers doutes, ses recherches. Récit de la vie mouvementée d’un homme engagé dans les soubresauts de notre siècle, analyse du cheminement d’une conscience philosophique, « La quête inachevée » est aussi une solide présentation des réflexions de Karl Popper sur la découverte scientifique ainsi qu’une critique du déterminisme historique et des projets politiques utopistes, dont l’auteur dénonce les germes de totalitarisme.

La Quête inachevée de Karl R. Popper sur Calmann Levy
La Quête inachevée constitue le meilleur résumé disponible des positions de Karl Popper dans les principaux domaines où s’est exercée de son activité philosophique : épistémologie et méthodologie scientifique, philosophie politique et sociale, philosophie générale, voire métaphysique.
Ce livre fournit également une mine d’informations relatives aux relations du philosophe avec son environnement intellectuel, d’abord viennois puis anglo-saxon. Outre ses rapports avec les plus grands physiciens et biologistes contemporains, ce texte éclaire d’un jour particulier l’ébauche d’un dialogue avec les économistes que Popper n’a cessé de rechercher.
L’image de Popper qui se dégage au fils des pages fait évoluer les appellations traditionnelles qui lui sont le plus souvent accolées. Épistémologue difficile à classer, Popper se révèle surtout philosophe critique appartenant à la tradition classique, jusque dans les relations qu’il a entretenues avec la pensée scientifique de son temps. Sa démarche critique aboutit paradoxalement à une réhabilitation de la pensée philosophique dont il découvre l’unité au niveau méthodologique.
Cet ouvrage offre un matériau irremplaçable pour tous ceux qui s’intéressent au développement de la pensée d’un philosophe original, longtemps méconnu en France et souvent mal compris.

 

Paradoxe de la tolérance

popper


Le paradoxe de la tolérance est évoqué par Karl Popper dans La Société ouverte et ses ennemis en ces termes :
« Moins connu est le paradoxe de la tolérance : la tolérance illimitée doit mener à la disparition de la tolérance. Si nous étendons la tolérance illimitée même à ceux qui sont intolérants, si nous ne sommes pas disposés à défendre une société tolérante contre l’impact de l’intolérant, alors le tolérant sera détruit, et la tolérance avec lui.
Je ne veux pas dire par là qu’il faille toujours empêcher l’expression de théories intolérantes. Tant qu’il est possible de les contrer par des arguments logiques et de les contenir avec l’aide de l’opinion publique, on aurait tort de les interdire. Mais il faut toujours revendiquer le droit de le faire, même par la force si cela devient nécessaire, car il se peut fort bien que les tenants de ces théories se refusent à toute discussion logique et […] ne répondent aux arguments que par la violence. Nous devrions donc revendiquer, au nom de la tolérance, le droit de ne pas tolérer les intolérants. Il faudrait alors considérer que tout mouvement prêchant l’intolérance se place hors la loi et que l’incitation à l’intolérance est criminelle au même titre que l’incitation au meurtre […].

 

Autres ouvrages en français (la liste n’est pas exhaustive)

À la Recherche d'un monde meilleur Popper
Les intellectuels, c'est bien connu, sont assez souvent enclins à la grandiloquence.
Ils aiment les grandes phrases, les propositions définitives et par-dessus tout la critique. Leur légendaire « sens du problème » paraît même leur interdire de découvrir des solutions simples aux questions que tout le monde se pose.
Karl Popper se singularise ainsi par son mépris pour l'intellectualisme et les querelles philosophico-philosophiques. Il n'a pas de termes assez durs pour stigmatiser le culte de l'incompréhensibilité « Qui ne peut s'exprimer clairement et simplement doit se taire et continuer à travailler jusqu'à ce qu'il puisse parler clairement », déclare-t-il.
La connaissance objective
Voici un livre de philosophie à la fois classique et déconcertant. On y traite de la liberté et du déterminisme à l'aide de nuages et de bulles de savon.
On y construit une théorie du langage à l'aide de miel et de toiles d'araignées. Fort de cinquante ans de discussions avec physiciens, biologistes et logiciens, Popper renouvelle l'approche des questions les plus traditionnelles de la philosophie avec pour fil conducteur le progrès de la science, replacé dans le cadre plus général d'une philosophie de l'émergence du nouveau.Rassemblant des textes rédigés pour la plupart entre 1965 et 1971, La connaissance objective est l'ouvrage le plus représentatif de la "dernière manière" de Popper.
Conjectures et réfutations : La croissance du savoir scientifique
Comment la connaissance scientifique progresse-t-elle ? grâce à l'erreur.
Des conjectures sont tout d'abord formées : on devine, on essaie des solutions. Puis ces conjectures sont soumises à la critique, c'est-à-dire à des tentatives de réfutation : on les teste. Dès qu'une théorie est réfutée, un progrès a été accompli, qui nous rapproche de la vérité ?
Mais pourrons-nous jamais atteindre celle-ci. ?
Conjectures et réfutations contient l'essentiel de la philosophie de Karl R. Popper (1902-1997) et prolonge, en la complétant par de nouveaux développements.

 

Citations de Karl Popper

Refusez la fragmentation des connaissances, pensez à tout, ne vous laissez pas noyer par la montée des informations puisque vous avez la chance de vivre en cette fin du XXe siècle.

Je suis resté socialiste pendant plusieurs années encore, même après mon refus du marxisme. Et si la confrontation du socialisme et de la liberté individuelle était réalisable, je serais socialiste aujourd’hui encore. Car rien de mieux que de vivre une vie modeste, simple et libre dans une société égalitaire. Il me fallut du temps avant de réaliser que ce n’était qu’un beau rêve ; que la liberté importe davantage que l’égalité ; que la tentative d’instaurer l’égalité met la liberté en danger ; et que, à sacrifier la liberté, on ne fait même pas régner l’égalité parmi ceux qu’on a asservis.

La Quête inachevée (1976), Karl Popper

Être optimiste est un devoir moral.

Le développement de l’économie réelle n’a rien à voir avec la science économique. Bien qu’on les enseigne comme s’il s’agissait de mathématiques, les théories économiques n’ont jamais eu la moindre utilité pratique.

Le progrès n’a aucun caractère inéluctable, rien ne garantit des lendemains meilleurs.

Une théorie qui n’est réfutable par aucun événement qui se puisse concevoir est dépourvue de caractère scientifique. Pour les théories, l’irréfutabilité n’est pas (comme on l’imagine souvent) vertu mais défaut.

Conjectures et Réfutations (1953), Karl Popper

Je n’ignore rien des difficultés et des dangers inhérents à la démocratie, mais je n’en pense pas moins qu’elle est notre seul espoir. Bien des exemples montrent que cet espoir n’est pas vain.

La Société ouverte et ses ennemis (1945), Karl Popper

 

Liens de référence
Karl Popper sur Wikipedia
Karl Popper sur Wikiberal

 

Autres domaines de recherche évoqués par Karl Popper
Épistémologie évolutionniste
La Société ouverte et ses ennemis

 

Addendum
Il est bien entendu que ces références et ces descriptions sont loin d’être exhaustives… pas plus qu’irréfutables . Évoquer l’œuvre de Karl Popper dans son ensemble nécessiterait de nombreuses connaissances et d’importants moyens que je ne possède pas.
On ne présente pas Karl Raimund Popper, on le découvre, au sens propre et au figuré.

La caricature de Karl Popper est l’œuvre de Laurento Jovito Fua.